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Tribune par Marcelle Dominique Raveloarinanja
La santé est plus que l’absence de maladie : elle conditionne dignité, égalité, autonomie et développement durable. En Afrique, l’accès aux soins reste marqué par les inégalités économiques, territoriales et socioculturelles, touchant particulièrement femmes, enfants et populations vulnérables. Malnutrition, accouchements à risque, manque d’informations fiables et souffrance psychologique illustrent ces difficultés. En 2023, le ratio de mortalité maternelle en Afrique était estimé à 442 décès pour 100 000 naissances vivantes, loin de l’objectif mondial de moins de 70 d’ici 2030. Peut-on parler de développement lorsque se soigner reste un parcours semé d’obstacles ?
À Madagascar, le ratio de mortalité maternelle était estimé à 445 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2023 et environ 39 % des enfants de moins de cinq ans souffriraient d’un retard de croissance lié à la malnutrition chronique. Ces données montrent l’urgence de renforcer les soins obstétricaux et de proximité.
Le coût des soins et la disponibilité du personnel aggravent les inégalités. Il faut développer la protection financière, améliorer les équipements et associer les acteurs communautaires aux politiques sanitaires.
La santé des femmes est indissociable de leurs droits, de leur autonomie et de leur participation au développement. Santé maternelle, santé sexuelle et reproductive, information fiable et prévention des violences basées sur le genre doivent être des priorités.
Développer une éducation complète à la sexualité adaptée à l’âge et des services accessibles aux jeunes, prévenir les mariages et grossesses précoces ou non désirées et renforcer la prise en charge des violences sont des priorités essentielles. Associer les garçons et les hommes dans cette dynamique via la masculinité positive, le consentement et le partage des responsabilités favorise un environnement respectueux des droits des femmes. Une fille qui peut protéger sa santé, décider pour son corps et poursuivre ses projets devient une actrice du développement.
En Afrique, la santé mentale reste trop souvent reléguée au second plan. Stigmatisation, précarité, violences, conflits et traumatismes peuvent fragiliser le bien-être et empêcher de demander de l’aide.
L’OMS estimait qu’avant la pandémie, plus de 116 millions de personnes vivaient avec des troubles mentaux en Afrique. À Madagascar, l’Atlas de la santé mentale 2024 de l’OMS indique une part déclarée de 0 % des dépenses publiques de santé consacrée à la santé mentale.
Ces constats appellent davantage de ressources et une intégration du soutien psychologique dans les soins de proximité. Les intervenants de première ligne devraient être formés aux premiers secours psychologiques et à l’orientation. Demander de l’aide n’est pas une honte : la santé mentale fait pleinement partie de la santé.
Selon l’UNICEF, les moins de 30 ans représentent une large majorité de la population malagasy. Cette jeunesse représente un potentiel majeur, mais fait face à la précarité, la malnutrition, aux violences, aux grossesses précoces, aux difficultés d’accès aux soins et au manque d’informations fiables sur la santé et les droits sexuels et reproductifs.
Écoles, universités, associations et structures communautaires doivent promouvoir les droits humains, la prévention et les décisions éclairées. Des espaces d’écoute confidentiels et accessibles sont nécessaires. Investir dans la santé des jeunes, c’est renforcer leur capacité à contribuer au développement.
Le numérique peut améliorer la prévention et faciliter l’orientation. Mais accès à Internet, coût des équipements, compétences numériques, barrières linguistiques et protection des données doivent être pris en compte. Il doit compléter les structures de proximité et le contact humain, non les remplacer.
Les enjeux sanitaires dépassent le secteur médical : santé, éducation, nutrition, égalité de genre, protection sociale et droits humains sont liés. Une action durable exige une coordination entre pouvoirs publics, professionnels, société civile et communautés.
Pour Madagascar, trois priorités sont essentielles :
À travers mes engagements dans l’éducation, l’accompagnement et la défense des droits, je suis convaincue que les réponses durables placent la personne humaine au centre. Les politiques de santé doivent être construites avec les populations. Il s’agit de faire de la santé un droit, non un privilège.
L’Afrique dispose de forces citoyennes considérables. Les soutenir par des politiques cohérentes, des financements adaptés et une volonté durable de réduire les inégalités est indispensable. Notre engagement doit être guidé par cinq piliers : écouter, informer, prévenir, accompagner et agir. La santé doit être visible dans les budgets, les services et la vie quotidienne.
Biographie
Marcelle Dominique Raveloarinanja est formatrice, accompagnante psychosociale, éducatrice à la paix et conseillère en orientation scolaire et professionnelle, engagée pour l’égalité de genre à Madagascar. Membre cofondatrice de l’Association Mentor E.C.C.E. (Éducation, Civisme, Citoyenneté et Environnement), elle est également engagée dans les réseaux féministes et de leadership.
Femme de terrain, elle défend une transformation sociale fondée sur l’écoute et la participation citoyenne.