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Des rôles et responsabilités à l’accès à la participation électorale : quels leviers pour une représentation plus effective des femmes ?


Tribune rédigée par Marcelle Dominique Raveloarinanja

À Madagascar, les femmes représentent plus de 50% de la population, ce qui est une part essentielle et non négligeable. Elles jouent un rôle déterminant dans la vie sociale, communautaire, culturelle et économique. Pourtant, cette contribution se traduit peu par une représentation à la hauteur de leur place dans la société au sein des espaces de décision politique. Alors, la question de la participation politique des femmes ne devrait pas être considérée comme une simple question de quotas ou de représentation statistique : elle constitue un enjeu de démocratie, de justice et d’efficacité de l’action publique.

Leur participation politique doit commencer bien avant le jour du scrutin. Concrètement, elle englobe leur capacité à s’informer, à s’inscrire comme électrices, à voter librement et aussi à participer aux campagnes, aux débats publics, aux organisations citoyennes et politiques, et à se porter candidates.

En effet, renforcer cette participation implique de travailler simultanément sur l’éducation, l’autonomisation, l’accès à l’information électorale et la création d’un environnement politique dans lequel les femmes peuvent jouir pleinement de leurs droits et de s’engager sans être limitées par les normes sociales, les contraintes économiques ou les rapports de pouvoir.

À Madagascar, l’un des principaux défis reste le passage de la participation électorale à l’accès effectif aux responsabilités. Entre autres, une femme peut bien être une militante engagée, une actrice reconnue de sa communauté ou une électrice active sans pour autant parvenir à franchir les différents obstacles qui jalonnent l’accès aux fonctions électives et aux postes de décision. Parmi eux, le coût exorbitant des campagnes, l’accès inégal aux réseaux financiers et politiques, la faible visibilité médiatique, les responsabilités familiales ainsi que certaines représentations sociales du leadership constituent autant de barrières qui peuvent décourager ou marginaliser les candidatures féminines.

Il est à noter pourtant que le parcours des femmes qui s’engagent en politique à Madagascar montre qu’il existe des ressources considérables. Dans les administrations décentralisées comme les communes. À titre indicatif, pour les 1 695 communes qui ont participé au scrutin de 2024, la CENI a enregistré 5 389 listes de candidatures pour les maires. Parmi les têtes de liste, 327 étaient des femmes, contre 5 062 hommes. Elles représentaient 6,06 % des candidatures à la mairie et 93 ont été élues sur 1 695, soit 5,48 % selon l’analyse de SAFIDY. Pour les conseillers municipaux ou communaux, les femmes représentaient environ 11,44 % des candidatures en cette même période. Les Nations Unies ont indiqué 4,8 % de femmes parmi les maires élus et 6,3 % parmi les conseillers municipaux.

Entre autres, les organisations de la société civile, les mouvements de jeunesse et les initiatives communautaires enregistrent de nombreuses femmes qui y développent des compétences en matière de leadership, de mobilisation, de médiation et de gestion. Des expériences constituant un véritable vivier de futures responsables politiques. L’enjeu est de reconnaître ces parcours et de créer des passerelles entre engagement communautaire, citoyenneté active et responsabilités publiques.

En d’autres termes, une représentation politique plus équilibrée ne se limite pas seulement à augmenter le nombre de femmes présentes dans les institutions. Il s’agit également de leur permettre d’exercer une influence réelle sur les décisions, de disposer des moyens nécessaires pour accomplir leur mandat et de participer aux espaces où se définissent les priorités locales, nationales voire internationales. La présence des femmes dans les institutions doit pouvoir se traduire par une diversité accrue des expériences et des préoccupations prises en compte dans l’élaboration des politiques publiques.

Dans cette perspective, Madagascar gagnerait beaucoup à renforcer différents leviers. Il est nécessaire de renforcer l’éducation civique et électorale des filles et des femmes, notamment au niveau local. Ensuite, de poursuivre les efforts fournis en partenariat avec les organisations internationales comme le PNUD ou EISA favorisant la formation au leadership, à la prise de parole publique, à la communication politique et à la gestion des campagnes.

Les organisations et partis politiques ont également un rôle central à jouer en ouvrant davantage leurs structures aux femmes, en favorisant leur promotion et en créant des mécanismes transparents de sélection des candidatures.

Les acteurs institutionnels, les médias et les partenaires techniques et financiers ont eux aussi une responsabilité : fournir des appuis et soutiens équitables aux femmes, lutter contre les stéréotypes, promouvoir une couverture médiatique, prévenir les violences et intimidations liées à l’engagement politique, ainsi que prévoir des accompagnements des femmes candidates et élues contribuant ainsi à rendre l’espace politique plus inclusif.

Il est également important d’accorder une attention particulière aux jeunes femmes, à celles qui vivent en milieux ruraux et à celles vivant avec des handicaps afin que la participation politique ne demeure pas concentrée dans quelques catégories sociales.

Enfin, il est essentiel de changer le regard porté sur le leadership féminin. Les femmes ne sont pas uniquement des bénéficiaires de politiques publiques ou des électrices à mobiliser. Elles sont aussi des citoyennes, des décideuses, des candidates et des responsables capables de contribuer pleinement à la construction de l’avenir de leur pays. Leur participation politique ne devrait pas seulement relever de la parité, mais elle doit être une condition sine qua none d’une démocratie représentative et plus proche des réalités de la population.

Le défi est donc de faire en sorte que les femmes puissent y entrer, y rester, y exercer pleinement leurs responsabilités et y faire entendre leurs voix pour faire de leur participation politique un véritable levier de transformation durable pour Madagascar.

Biographie

Marcelle Dominique Raveloarinanja est défenseuse des droits humains, formatrice accompagnante et éducatrice à la paix, engagée depuis plusieurs années pour la promotion des droits humains, notamment ceux en faveur des femmes, des enfants et des personnes vulnérables à Madagascar.

Membre international d’Amnesty International, membre Steering Committee de MenEngage Madagascar, membre cofondatrice de l’Association Mentor E.C.C.E. et membre de la Commission Plaidoyer de la Plateforme de la Société Civile pour l’Enfance-Pfsce.

Elle est engagée également dans les réseaux féminins et de leadership, notamment au sein de l’African Women Leaders Network ou AWLN Madagascar.