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Chercheuse spécialisée en Télédétection et Gestion des Ecosystèmes, Tété Pérugine Akoton développe des approches basées sur les données scientifiques pour le suivi, la conservation et la restauration des écosystèmes côtiers, notamment les mangroves du littoral béninois. Elle s’engage également dans la promotion du leadership féminin
C’est lors d’une sortie pédagogique organisée par l’Université d’Abomey-Calavi que Tété Pérugine Akoton découvre pour la première fois les forêts de mangroves. Fascinée par leur richesse écologique et consciente de leur vulnérabilité, elle décide d’en faire le fil conducteur de sa carrière.
Après une Licence en Géographie à l’Université d’Abomey-Calavi, elle poursuit un master en Biodiversité Informatique, une formation qui lui permet de conjuguer écologie, données spatiales et technologies. Elle obtiendra plus tard, en 2025 son doctorat en Science Agronomique spécialité Télédection et Gestion de l’Environnement à la Faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou (Bénin).
« Mon travail consiste à relier la science, les technologies géospatiales et les réalités socio-économiques afin de proposer aux décideurs des solutions concrètes pour la préservation de ces écosystèmes », explique-t-elle à Africa Women Experts.
Grâce aux images satellitaires, aux prises de vue par drone et aux Systèmes d’Information Géographique (SIG), la chercheuse suit avec précision l’évolution des mangroves au fil du temps.
« Ces outils permettent d’identifier les zones dégradées, d’analyser les changements au niveau du littoral béninois, de mesurer les pressions humaines exercées sur ces écosystèmes et d’éclairer à la prise de décision », précise-t-elle.
Ses recherches doctorales à ce jour ont donné lieu à plusieurs publications scientifiques consacrées à la conservation des mangroves.
Au-delà de la recherche, un engagement auprès des communautés
Pour Tété Pérugine Akoton, la protection des mangroves ne se limite pas au laboratoire. Convaincue que la conservation passe aussi par les populations riveraines, elle s’engage au sein de l’ONG « Secours à la Nature / Rescue for Nature », où elle mène des actions de terrain et contribue à vulgariser ses travaux scientifiques et à sensibiliser les communautés.
En effet, de nombreuses communautés locales vivant sur le long du littoral dépendent directement des ressources offertes par les mangroves. « Cette dépendance accentue l’épuisement des ressources naturelles côtières, fragilisant davantage les communautés locales qui en dépendent pour leur subsistance … », explique-t-elle.
Or, les activités anthropiques entrainent la disparition des forêts de mangrove, aggravant la crise climatique. En effet, ces écosystèmes possèdent une capacité exceptionnelle de stockage de carbone et jouent un rôle majeur dans la protection des côtes.
Avec son équipe, elle mène des campagnes de sensibilisation, organise des échanges avec les populations sur l’importance écologique des mangroves et les conséquences de leur dégradation. Elle développe également des actions d’éducation environnementale auprès des jeunes.
L’ONG dans laquelle elle milite en tant que Chargée des Ressources Naturelles des Zones Humides et Littorales, intervient également dans la restauration des zones de mangrove dégradées grâce à des opérations de reboisement. « Nous constatons une réelle appropriation de ces actions par les communautés. Lorsqu’elles sont impliquées dès le départ, les plantations sont mieux protégées et les résultats sont plus durables. Nous espérons que cet engagement produira des effets positifs pour les générations futures », confie-t-elle.
Les femmes, actrices de la restauration des mangroves
Au cœur de son engagement, Pérugine place les femmes comme véritable actrice de la conservation des mangroves.
En 2023, l’ONG a lancé le Projet d’Inclusion du Genre pour la Restauration des Mangroves (PIGREM), une initiative qui associe la conservation des mangroves, l’autonomisation économique des femmes et l’adaptation au changement climatique.
« Les femmes vivant autour des mangroves sont parmi les premières victimes de leur dégradation. Mais elles sont également les mieux placées pour contribuer à leur restauration », souligne-t-elle.
Le programme fait des femmes les pionnières de tout le cycle de restauration. Elles sont accompagnées dans le développement d’activités génératrices de revenus, mais aussi des coopératives. Elles sont aussi sensibilisées sur les effets néfastes de certaines pratiques et accompagnées pour adopter des solutions plus durables.
Inspiré de ses travaux de recherche, ce projet lui a valu une bourse ARES, qui lui a permis d’effectuer un stage de quatre mois de renforcement des capacités en Belgique destiné aux gestionnaires d’écosystèmes.
Encourager le leadership féminin dans la science
Au-delà de la protection de l’environnement, elle milite aussi pour une plus grande place des femmes dans la recherche scientifique.
Elle est co-fondatrice de l’initiative « Women Feel Free in Sciences ». Un espace qui vise à encourager les jeunes filles à évoluer dans la science et la recherche.
« Beaucoup de femmes possèdent un véritable potentiel scientifique, mais manquent d’accompagnement, de visibilité ou de modèle féminin qui peuvent les inspirer », observe-t-elle.
Forte de son parcours, marqué par des expériences de mentorat et l’obtention de bourses, elle souhaite construire un espace où les jeunes filles scientifiques pourront bénéficier d’un accompagnement, de conseils et de soutien.
Bien que récente, l’initiative a déjà permis de sensibiliser de nombreuses filles aux questions de leadership, d’éducation scientifique et de confiance en soi et d’encourager plusieurs à poursuivre leurs études.
Une ambition pour l’Afrique
Malgré des défis liés au financement de la recherche, Tété Pérugine Akoton a poursuivi ses travaux grâce à plusieurs bourses, dont la bourse RIGRA CRDI Canada, la bourse MAB UNESCO pour jeunes chercheurs et la bourse Mawazo.
Aujourd’hui, son ambition est de renforcer ses recherches sur les mangroves au Bénin et en Afrique, contribuer à l’élaboration de politiques environnementales fondées sur la recherche scientifique, tout en devenant un modèle d’inspiration pour une nouvelle génération de femmes scientifiques engagées pour la protection de l’environnement.
DFE