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Interview Aicha Coulibaly : « D’autres études découleront de ce séisme pour évaluer la région en profondeur »


Aicha Coulibaly est une spécialiste des géorisques ayant une formation en sismologie et spécialisée dans l’évaluation des géorisques liés aux pipelines. Elle donne son point de vue sur le séisme qui s’est produit il y a quelques semaines au Maroc.

Al Haouz, l’épicentre du tremblement de terre, était pourtant classé comme ayant un risque sismique très modéré. Peut-on dire aujourd’hui que toutes les régions du pays sont potentiellement sismiques ?

Les tremblements de terre sont le résultat de ruptures de failles qui se produisent lorsque des plaques entrent en collision, se chevauchent ou glissent l’une sur l’autre. Al Haouz, situé sur la plaque africaine, se trouve au sommet d’une zone de faille causée par l’hétérogénéité de la direction du mouvement de la plaque africaine. Les failles, qu’elles soient actives ou dormantes, sont un ingrédient substantiel pour rendre une zone sismiquement active. Les régions situées sur des zones de faille sont plus sujettes aux activités sismiques, tandis que d’autres sont moins susceptibles de montrer des signes d’activités sismiques. En fonction de la magnitude du tremblement de terre et de sa profondeur, la secousse principale et les répliques peuvent également affecter d’autres zones proches de l’épicentre. La planète est constamment en mouvement et les zones de faille actuellement dormantes pourraient être réactivées par des déclencheurs naturels (le plus souvent) ou anthropogéniques (rarement). Aussi tragique que soit cet événement sismique, d’autres études en découleront afin d’évaluer la région de manière approfondie et de mieux comprendre le sous-sol.

Des villages entiers ont été dévastés par le tremblement de terre et de nombreuses personnes se sont retrouvées sans abri. Peut-on aujourd’hui reconstruire en toute sécurité sur ces mêmes sites ?

Des pays comme les États-Unis d’Amérique et le Japon ont élaboré un code de construction sismique pour les zones historiquement connues ou sujettes à des activités sismiques. Les zones touchées par le tremblement de terre d’Al Haouz pourraient nécessiter une évaluation sismique approfondie, suivie d’une réévaluation et de certaines modifications des codes de construction afin de renforcer les infrastructures et d’atténuer les risques futurs.

Selon vous, quelles mesures prendre lors de la construction de bâtiments dans des zones ayant des risques sismiques ?

Il est très important d’évaluer minutieusement tous les risques potentiels avant, pendant et après la construction afin d’atténuer les effets des risques géologiques, ou des risques sismiques dans notre cas. Lorsque des risques potentiels sont identifiés dans la région, un plan d’atténuation est mis en place pour traiter ou contourner les risques à l’aide d’outils et de méthodes d’ingénierie sophistiqués. Par la suite, une évaluation des risques géologiques est la première étape qui permettra de définir les autres mesures nécessaires.

Aujourd’hui, de nombreuses personnes se demandent s’il est possible d’anticiper ces catastrophes pour protéger les populations à l’avenir. Qu’en est-il de la prévention des tremblements de terre ?

Les premiers signes d’un tremblement de terre peuvent être enregistrés avant tout signe visible à la surface, en raison des premières ondes (ondes de compression) qui se déplacent au niveau souterrain. Ces premières ondes ne créent pas beaucoup de destruction à la surface par rapport aux ondes appelées ondes de surface, qui viennent après les ondes de compression et de cisaillement. La détection des ondes de compression pourrait permettre d’alerter sur les risques de tremblements de terre qui pourraient se produire dans les secondes qui suivent.

L’histoire géologique d’une région fournit des indices sur la possibilité qu’un tremblement de terre s’y produise. Il s’agit de probabilités et non de prédictions définitives. En outre, la nature est son propre maître, elle est très complexe et évolue constamment. Par conséquent, les prévisions pourraient contribuer à réduire considérablement les risques et, éventuellement, à éviter des conséquences tragiques. Le développement de la recherche scientifique et de la technologie pourrait favoriser des avancées significatives dans la prévision des tremblements de terre.

 

Propos recueillis par Danielle Engolo