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Julien Ngum Che, défenseure des droits des femmes et des jeunes déplacés au Cameroun    


En 2018, alors que des familles fuient leurs foyers, en raison de la crise anglophone au Cameroun, Julien Ngum Che, militante pour l’égalité de genre et chercheure originaire du sud-ouest du Cameroun, décide d’intervenir sur le terrain pour soutenir et défendre les droits des plus vulnérables. Elle crée l’association Orgem, qui développe depuis plus de huit ans des initiatives visant à soutenir et autonomiser les femmes et les jeunes déplacés pour retrouver dignité et stabilité.

Depuis plus d’une décennie, Julien Ngum Che œuvre au Cameroun à la croisée de la société civile et de la recherche scientifique pour défendre les droits des femmes et des jeunes déplacés au Cameroun.

Pendant la crise anglophone, sur le terrain, elle constate des inégalités profondes qui façonnent la vie des femmes et des jeunes déplacés. Fuyant la violence, ils affrontent un traumatisme intense : perte d’êtres chers, maisons détruites, moyens de subsistance perdus, et survivent au quotidien avec des ressources limitées et une protection réduite. « Les femmes et les hommes rencontrent des défis similaires, mais les femmes font face à des difficultés financières plus importantes », explique-t-elle à Africa Women Experts. « Il existe un écart significatif entre hommes et femmes en matière de pauvreté. Lors des déplacements, cet écart se creuse davantage et les femmes sont plus exposées à la violence sexiste. Tout cela a un impact durable et conduit à une discrimination accrue », confie-t-elle.

En 2018, elle fonde l’Organisation pour l’Autonomisation des Marginalisés (ORGEM) afin d’apporter des réponses sensibles au genre aux défis de ces populations, notamment les femmes et les jeunes déplacés. L’ONG intervient dans la prévention et la prise en charge des violences basées sur le genre (VBG), tout en apportant un soutien social via des initiatives adaptées au climat, comme l’agriculture intelligente. Elle développe également des programmes de leadership pour outiller les femmes et les jeunes afin de reconstruire leurs vies.

Des initiatives pour transformer des vies

Dans les communes de Tiko (Sud-ouest) et Bafut (Nord-ouest), où son organisation est active depuis plusieurs années, elle a mené des initiatives reliant genre et action climatique. En 2021, l’ONG a lancé à Bafut un projet d’énergie renouvelable, en partenariat avec des associations de la société civile, des ONG et les autorités locales, installant 100 panneaux solaires dans la commune.

Au-delà de l’éclairage, le projet a permis de restaurer la dignité, la sécurité et la stabilité économique, en particulier pour les femmes, explique-t-elle. L’accès à l’énergie a, notamment réduit la nécessité de longs trajets pour ramasser du bois de chauffage, permettant ainsi aux femmes de se consacrer à des activités génératrices de revenus. «Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par le changement climatique, surtout les femmes rurales et déplacées », souligne-t-elle. « Intégrer la dimension genre dans l’action climatique rend les solutions plus inclusives, durables et efficaces. Lorsque les femmes mènent les efforts d’adaptation au climat et de résilience, c’est toute la communauté entière qui en bénéficie ».

En 2023, l’ONG a également lancé un projet d’agriculture intelligente destiné aux filles déplacées. À travers la culture de légumes et de champignons, l’élevage de lapins et des pratiques agricoles sans engrais, l’initiative leur a permis d’acquérir des compétences pratiques et de bénéficier d’un capital de départ pour développer leurs propres élevages et cultures. Parallèlement, l’organisation a mis en place un programme de retour à l’école pour plus de 300 élèves déplacés, en partenariat avec des écoles et des églises, en offrant des fournitures scolaires, les frais de scolarité et en facilitant leur retour en classe.

La lutte contre la violence sexiste au cœur de l’action

En huit années, l’une des principales actions de la Camerounaise en faveur des femmes déplacées a été de lutter contre la violence sexiste. Avec l’affaiblissement des systèmes traditionnels de protection en période de crise, les cas d’abus sexuels et physiques ont tendance à augmenter. « Lorsque je me suis rendue au tribunal, j’ai été frappée par le nombre de cas enregistrés entre 2016 et 2019 », se souvient-elle. Au fil des années, son organisation a traité environ 40 cas de violence sexiste.

Forte de cette expérience, elle prépare actuellement une thèse de doctorat en sociologie à l’université de Buea, où elle étudie les violences basées sur le genre parmi les populations déplacées. « Mes recherches apportent des preuves concrètes sur la réalité de la violence sexiste, tandis que mon travail sur le terrain enrichit mes analyses. Cette synergie garantit que mes interventions restent pratiques et que mes recherches nourrissent l’élaboration de politiques et de programmes humanitaires », explique-t-elle.

Grâce à sa résilience face aux risques sécuritaires, aux contraintes financières et aux barrières culturelles, elle a pu apporter un soutien durable aux femmes et aux jeunes déplacés à l’intérieur du Cameroun, impactant leur vie au fil des années.

En 2025, son engagement en faveur des droits des femmes à travers l’action climatique lui a valu une bourse de l’African Women in Agricultural Research and Development (AWARD), un programme de 15 mois dédié au renforcement du leadership, de la recherche et du réseautage des femmes africaines en position de responsabilité. La même année, elle a également été lauréate de la bourse Mawazo, qui soutient les femmes chercheuses africaines.

À l’avenir, Julien Ngum Che ambitionne d’étendre son action à l’échelle nationale, en plaidant pour des initiatives climatiques et humanitaires sensibles au genre, et en créant un centre de formation dédié à la lutte contre la violence sexiste et à la réponse au changement climatique pour les communautés marginalisées au Cameroun.