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Ghana : Sherifa Napari Iddrisu, une défenseure des droits humains engagée pour l’éducation inclusive  


Dans sa ville natale, Tamale, au nord du Ghana, Sherifa Napari Iddrisu a cofondé en 2015 Hadaj Academy, une institution qui favorise l’éducation des enfants ayant des besoins spécifiques. Passionnée des droits humains, elle a également rejoint la Commission des droits de l’Homme et de la justice administrative (CHRAJ) au Ghana en 2022, où elle travaille actuellement en tant qu’enquêtrice.

Que ce soit en tant que cheffe d’établissement ou enquêtrice à la CHRAJ, Sherifa Napari Iddrisu est reconnue dans sa communauté sous le surnom de « Madame Droits de l’Homme ». En 2015, elle cofonde Hadaj Academy avec sa mère, une enseignante à la retraite. A l’origine une école classique, cette institution a évolué en 2017 pour devenir un centre éducatif inclusif et transformateur, dédié à la promotion de l’éducation des enfants ayant des besoins spécifiques.

 

Aujourd’hui, Hadaj Academy est l’une des seules écoles de Tamale à proposer des opportunités éducatives, ainsi qu’un accompagnement aux élèves rencontrant des difficultés d’apprentissage ou ayant des besoins spécifiques. Ayant débuté avec seulement deux élèves, l’académie accueille aujourd’hui plus d’une centaine d’apprenant (e)s, réunissant aussi bien des élèves typiques que ceux ayant des besoins spécifiques, dans un même environnement, confie Sherifa avec enthousiasme.

C’est après avoir accueilli pour la première fois un élève autiste, que l’école décide de devenir un établissement inclusif, se souvient-elle. « La mère de cet enfant est venue nous voir, littéralement en larmes. Elle avait tout essayé en vain. Elle nous a confié son enfant, et nous l’avons admis à l’école. Cependant, les parents ont rapidement entendu parler de cet élève par leurs enfants et ont commencé à menacer de les retirer si nous n’excluions pas cet enfant. Nous avons tenté de les raisonner, mais certains ont tout de même choisi de désinscrire leurs enfants. Malgré cela, nous avons décidé de soutenir cet enfant, et cette décision a finalement conduit à l’accueil d’autres élèves ayant des besoins spécifiques dans notre école », explique-t-elle à Africa Women Experts.

Peu après cette expérience, l’école, ayant reçu les sollicitations d’autres parents d’enfants à besoins spécifiques, décide donc de se positionner comme un centre éducatif inclusif. « Ce n’était pas une décision facile », confie-t-elle, car l’établissement devait investir dans la formation des enseignant (e) s et acquérir l’équipement nécessaire.

Dans un contexte où la majorité des écoles, qu’elles soient publiques ou privées, ne sont pas adaptées aux élèves ayant des besoins spécifiques, l’établissement se distingue aujourd’hui en accueillant une diversité d’élèves à besoins spécifiques, qu’il s’agisse de ceux ayant des déficiences auditives ou ceux présentant des handicaps physiques. Sa pédagogie repose sur un enseignement différencié, permettant de s’adapter à tous les profils d’apprenants, aussi bien ceux au parcours classique que ceux rencontrant des difficultés d’apprentissage.

« Nous avons mis en place un programme spécifique pour ces élèves, leur offrant ainsi la possibilité de progresser à leur propre rythme tout en veillant à ce qu’ils ne prennent pas de retard. À la fin du trimestre, ils devraient être en mesure de rejoindre le niveau de leurs autres camarades, que ce soit pour les exercices, les évaluations ou autres apprentissages. Finalement, chacun trouve sa place et aucun élève n’est laissé de côté », explique-t-elle.

De plus, l’école, bien qu’elle ne soit ni une fondation ni une organisation caritative, offre des frais de scolarité réduits, grâce à la générosité de certains parents et au soutien de plusieurs organisations. Cette initiative permet, notamment aux familles aux revenus modestes et moyens d’accéder plus facilement à l’éducation pour leurs enfants.

De Hadaj Academy à la CHRAJ : un parcours dédié aux droits humains

Poussée par son engagement en faveur d’une éducation inclusive, Sharifa décide de se consacrer pleinement aux droits humains afin d’élargir son impact. En parallèle de son travail à Hadaj Academy, elle rejoint en 2022 la Commission des Droits de l’Homme et de la Justice (CHRAJ). En tant qu’enquêtrice au sein de l’institution gouvernementale, elle traite des questions liées aux droits humains, à la justice ou l’injustice administrative, ainsi qu’à la corruption. « Mener des enquêtes n’est pas une tâche facile. Les enquêteurs portent la plus grande part de responsabilité, car leurs actions peuvent soit renforcer, soit détruire une institution ou un individu », explique-t-elle.

Dans le cadre de ses missions, elle a été chargée de plusieurs affaires liées aux violences basées sur le genre, notamment les mariages précoces de jeunes filles, un problème répandu dans sa communauté. Un autre phénomène alarmant concerne les fausses accusations de sorcellerie portées contre des femmes âgées. Certaines sont lynchées à mort, tandis que d’autres sont bannies de leur communauté et abandonnées à leur sort, confie-t-elle. « Dans toutes ces situations, nos enquêtes nous ramènent toujours à l’extrême pauvreté et à l’ignorance », souligne-t-elle.

Pour remédier à ces problèmes, la commission met l’accent sur des mesures préventives en sensibilisant les populations aux conséquences de leurs actions, souvent ancrées dans leurs traditions, qui peuvent enfreindre les droits humains. Elle promeut également une masculinité positive en collaborant avec les hommes—souvent auteurs de violences—afin de les aider à devenir des alliés et à adopter de nouveaux modes de communication, plutôt que de recourir à la violence.

Bien que son travail dans ce domaine ait eu un impact significatif, transformant la vie de nombreuses femmes, il s’accompagne également de défis, notamment des menaces à sa sécurité. « Le simple fait d’avoir un impact et de changer des vies ne plaît pas à tout le monde. Il m’arrive de recevoir des appels menaçants parce que j’ai empêché des mariages forcés. J’ai aussi aidé certaines femmes à s’opposer à leurs maris violents. Certaines ont même fini par quitter des relations abusives, ce qui ne plaît évidemment pas à leurs conjoints. On m’accuse d’être la raison pour laquelle ces femmes ont quitté leurs maris. Mais au final, cela en vaut la peine », explique-t-elle.

Un autre défi qu’elle rencontre dans son travail concerne les stéréotypes contre les femmes. «Nous avons encore un long chemin à parcourir en ce qui concerne le leadership féminin. Les femmes leaders sont souvent automatiquement perçues comme des perturbatrices ou des personnes têtues. À ce stade, ce qui m’intéresse c’est d’avancer. Peu importe ce que les gens pensent ou disent, tant que l’objectif que je poursuis est atteint, je suis satisfaite », déclare-t-elle.

La naissance de SheBlooms Foundation

Forte d’une solide expérience dans l’éducation inclusive et les droits humains, Sherifa s’engage désormais à amplifier la voix des plus vulnérables au sein de sa communauté. Consciente de la nécessité d’une plateforme où les individus marginalisés peuvent demander réparation pour les injustices qu’ils subissent, elle a lancé en 2024 « SheBlooms ». Il s’agit d’une fondation dédiée à la promotion d’une société où les femmes peuvent vivre libres de toute oppression et revendiquer leurs droits fondamentaux sans crainte. À travers cette initiative, elle défend les droits des femmes en matière d’accès à la terre et aux biens, soutient les survivantes de violences dans leur quête de justice sans crainte de jugement ou de représailles sociales, et veille à garantir l’accès à des services de santé sexuelle et reproductive complets—en particulier pour les filles et femmes vulnérables.

Alors qu’elle poursuit son engagement, Sherifa reste fidèle à sa mission : construire un monde où chaque être humain est habilité à s’exprimer et à occuper sa place légitime dans la société.

Sherifa Napari Iddrisu détient un Bachelor of Arts en Économie et Linguistique, ainsi qu’un Master of Arts en Leadership Éducatif et Gestion de l’Université du Ghana. Elle est actuellement en dernière année d’un MBA en International Action Learning (avec une spécialisation en Santé Sexuelle et Reproductive) à la Business School Netherlands (Pays-Bas).

 

Danielle France Engolo