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Tribune par Ghislaine Zinzindohoue
L’Afrique connaît une transformation profonde portée par sa jeunesse, son dynamisme entrepreneurial et l’essor rapide du numérique. Dans un contexte marqué par le chômage des jeunes et les inégalités économiques, les outils digitaux offrent de nouvelles possibilités pour construire une économie plus inclusive, plus accessible et plus créatrice de valeur.
Le numérique modifie déjà les règles du jeu. Il permet à une entrepreneure de lancer une activité depuis son téléphone, à une jeune professionnelle de proposer ses services en ligne, ou encore à une petite entreprise locale de toucher des clients au-delà de son quartier ou de sa ville. Cette évolution représente une opportunité importante pour les économies africaines, en particulier dans les pays francophones où l’accès aux marchés, à l’emploi et au financement reste souvent limité.
Au Bénin également, cette réalité est visible. J’en ai moi-même fait l’expérience le samedi 9 mai 2026, lorsque j’ai acheté un trépied auprès d’une femme entrepreneure après avoir vu une vidéo de sa marchandise publiée sur TikTok. Elle y avait simplement laissé son numéro WhatsApp. Je l’ai ensuite contactée sur WhatsApp pour passer commande et organiser la livraison. Cette situation, ordinaire en apparence, illustre pourtant une transformation majeure : grâce au numérique, une vendeuse peut rendre son produit visible, échanger directement avec une cliente et générer une vente sans disposer d’une boutique physique coûteuse.
Cet exemple montre que l’économie numérique n’est pas seulement une affaire de grandes entreprises ou de start-up. Elle concerne aussi les vendeuses, les artisanes, les créatrices de contenu, les prestataires de services, les freelances et toutes celles qui utilisent les plateformes digitales pour développer une activité. Les réseaux sociaux, les outils de messagerie et les solutions de paiement peuvent devenir de véritables passerelles vers l’autonomie économique.
Cependant, cette transformation ne profite pas encore à toutes de manière équitable. De nombreuses femmes entrepreneures restent confrontées à plusieurs obstacles : accès limité au financement, manque d’accompagnement, faible maîtrise des outils numériques, coût élevé de la connexion Internet ou difficulté à gagner la confiance des clients et des partenaires. À cela s’ajoutent parfois des normes sociales qui freinent encore leur pleine participation économique.
Dans mon parcours professionnel, j’accompagne également des femmes entrepreneures à travers le programme GOW — Growth Opportunities for Women (Opportunités de Croissance pour les Femmes), une initiative dédiée au renforcement des compétences numériques et de la visibilité des femmes. À travers cet accompagnement, elles apprennent à mieux maîtriser les outils digitaux, à renforcer leur présence en ligne et à professionnaliser leur communication. Au-delà de la visibilité, il s’agit surtout de les aider à gagner la confiance des clients et des partenaires grâce à une communication plus crédible, claire et cohérente.
La fracture numérique demeure donc un enjeu central. Une économie numérique inclusive ne peut pas se limiter à la simple présence sur les réseaux sociaux. Elle suppose un accès abordable à Internet, aux équipements, à la formation, au mentorat et aux opportunités économiques. Sans ces conditions, le numérique risque de reproduire les inégalités existantes au lieu de les réduire.
Construire une économie plus inclusive en Afrique implique alors de placer les femmes et les jeunes au cœur des stratégies de transformation digitale. Il faut les reconnaître comme des actrices économiques capables de créer, d’innover et de transformer leurs communautés. Cela passe par des formations pratiques, un meilleur accès aux financements, des dispositifs d’accompagnement accessibles et une valorisation des initiatives locales.
L’avenir économique de l’Afrique dépendra de sa capacité à transformer son potentiel humain en opportunités réelles. Investir dans les compétences numériques, connecter davantage de femmes aux marchés, faciliter leur accès au financement et valoriser leurs initiatives, c’est préparer une économie africaine plus équitable, plus innovante et plus résiliente.
Biographie
Ghislaine Zinzindohoue est entrepreneure engagée pour l’autonomisation numérique des femmes et promotrice du programme GOW.