{"id":4961,"date":"2026-09-24T11:51:42","date_gmt":"2026-09-24T09:51:42","guid":{"rendered":"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/?p=4961"},"modified":"2026-09-24T11:51:42","modified_gmt":"2026-09-24T09:51:42","slug":"femmes-elues-locales-de-la-conquete-du-mandat-a-la-conquete-du-pouvoir-dagir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/2026\/09\/femmes-elues-locales-de-la-conquete-du-mandat-a-la-conquete-du-pouvoir-dagir\/","title":{"rendered":"Femmes \u00e9lues locales : de la conqu\u00eate du mandat \u00e0 la conqu\u00eate du pouvoir d\u2019agir"},"content":{"rendered":"<p><strong>Tribune par Laetitia Muabila Bangu-Bangu\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La participation politique des femmes en Afrique ne peut plus \u00eatre mesur\u00e9e uniquement \u00e0 partir de leur pr\u00e9sence au Senat, au Parlement, au Gouvernement ou dans les grandes institutions nationales. Elle se joue aussi au plus pr\u00e8s des citoyens, dans les communes (Mairie) o\u00f9 se d\u00e9cident une partie des r\u00e9ponses aux probl\u00e8mes quotidiens.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections communales de D\u00e9cembre 2023 ont constitu\u00e9 une \u00e9tape importante en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo. Apr\u00e8s plusieurs d\u00e9cennies sans scrutin communal \u00e0 cette \u00e9chelle, les citoyens ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 choisir leurs repr\u00e9sentants locaux. La Commission Electorale Nationale Ind\u00e9pendante (CENI) a recens\u00e9 34 195 candidatures recevables, dont 13 569 femmes, soit 43,4 %. Pourtant, les r\u00e9sultats provisoires n\u2019ont abouti qu\u2019\u00e0 environ 19 % de femmes parmi les conseillers communaux \u00e9lus de la RDC.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence des chiffres m\u2019interpelle : <strong><em>pourquoi les femmes sont-elles relativement nombreuses \u00e0 entrer dans la comp\u00e9tition \u00e9lectorale, mais beaucoup moins nombreuses \u00e0 acc\u00e9der effectivement au pouvoir local ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Mon exp\u00e9rience de terrain\u00a0: regarder au-del\u00e0 du scrutin<\/strong><\/p>\n<p>En tant que point focal du mouvement Rien sans les femmes (RSLF), d\u00e9sign\u00e9 pour piloter le Projet d\u2019Appui \u00e0 la Coalition pour l\u2019Observation Nationale des Elections (PACONEC), j\u2019ai pu observer que l\u2019\u00e9lection ne constitue jamais une fin en soi. Derri\u00e8re chaque femme candidate ou \u00e9lue se trouve un parcours fait d\u2019engagement, de mobilisation, de contraintes et souvent de sacrifices.<\/p>\n<p>\u00c0 travers mon exp\u00e9rience d\u2019engagement et de travail avec les femmes dans le cadre des initiatives de participation politique, j\u2019ai constat\u00e9 que les femmes rencontr\u00e9es ne sont pas toutes issues du m\u00eame milieu. Certaines viennent du militantisme politique, d\u2019autres de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des associations f\u00e9minines, de l\u2019entrepreneuriat, du monde universitaire ou des organisations communautaires. Elles ont en commun la volont\u00e9 de contribuer \u00e0 la gestion de leur communaut\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, passer de l\u2019engagement citoyen au mandat \u00e9lectif exige de nouvelles comp\u00e9tences pour les \u00e9lus.es locaux\/locales. Ces derniers doivent apprendre \u00e0 construire une base \u00e9lectorale au pr\u00e9alable, \u00e9laborer un programme d\u2019autant d\u2019ann\u00e9es selon les diff\u00e9rents enjeux, communiquer avec les citoyens, n\u00e9gocier et mobiliser des ressources voire comprendre les m\u00e9canismes \u00e9lectoraux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection, une autre r\u00e9alit\u00e9 appara\u00eet. De multiples d\u00e9fis \u00e0 relever. La femme \u00e9lue doit renforcer ses capacit\u00e9s. Elle doit n\u00e9anmoins apprendre \u00e0 exercer son mandat\u00a0; comprendre le fonctionnement du conseil communal, conna\u00eetre les priorit\u00e9s de d\u00e9veloppement, participer aux d\u00e9bats, tout en d\u00e9fendant les int\u00e9r\u00eats de ses \u00e9lecteurs et, mener le plaidoyer aupr\u00e8s des autorit\u00e9s locales.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette transition que j\u2019ai compris que le v\u00e9ritable enjeu n\u2019est pas seulement de faire \u00e9lire davantage de femmes<strong>. Il faut leur permettre d\u2019exercer pleinement le pouvoir que leur mandat leur conf\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<h3>De la pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019influence<\/h3>\n<p>Les \u00e9lections communales de 2023 r\u00e9v\u00e8lent un premier paradoxe. Les femmes repr\u00e9sentaient 43,4 % des candidatures recevables, mais leur pr\u00e9sence parmi les \u00e9lus est tomb\u00e9e \u00e0 environ 19 %, selon la CENI. Cela signifie que les obstacles apparaissent avant m\u00eame l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019institution et de l\u2019ex\u00e9cution du pouvoir.<\/p>\n<p>Une femme peut \u00eatre engag\u00e9e dans son parti politique, mobiliser les \u00e9lecteurs et participer activement \u00e0 une campagne \u00e9lectorale sans pour autant disposer des m\u00eames ressources politiques et financi\u00e8res que ses concurrents. La position sur une liste, la capacit\u00e9 \u00e0 financer sa campagne, son environnement et la visibilit\u00e9 m\u00e9diatique peuvent fortement influencer ses chances de gagner les \u00e9lections.<\/p>\n<p><strong>M\u00eame lorsqu\u2019elle est \u00e9lue, la bataille n\u2019est pas termin\u00e9e pour la conseill\u00e8re municipale.<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 mes yeux, il faut distinguer quatre niveaux : <strong><em>pr\u00e9sence, participation, influence et d\u00e9cision<\/em><\/strong><strong><em>.<\/em> <\/strong>\u00catre assise autour de la table du conseil communal pendant son mandat constitue une avanc\u00e9e certes. Prendre r\u00e9guli\u00e8rement la parole lors des pl\u00e9ni\u00e8res en est une autre. Influencer une d\u00e9cision pendant les diff\u00e9rentes s\u00e9ances de travail en est une troisi\u00e8me. Acc\u00e9der aux responsabilit\u00e9s et contribuer \u00e0 d\u00e9finir les priorit\u00e9s de la commune, de ses citoyens en g\u00e9n\u00e9ral et, de ses \u00e9lecteurs en particulier, repr\u00e9sente un niveau suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>Une conseill\u00e8re communale doit imp\u00e9rativement conna\u00eetre sa commune (sa base) au-del\u00e0 de son quartier. Avoir un agenda pour respecter ses taches. Elle doit comprendre ses ressources, ses priorit\u00e9s, le budget mis \u00e0 sa disposition, conna\u00eetre les diff\u00e9rents acteurs et, ma\u00eetriser les m\u00e9canismes de d\u00e9cision. Cette ma\u00eetrise lui permet de transformer les pr\u00e9occupations des citoyens en propositions d\u2019actions politiques concr\u00e8tes.<\/p>\n<p>La proximit\u00e9 des \u00e9lues face \u00e0 leurs \u00e9lecteurs constitue justement l\u2019un des grands atouts du pouvoir local. Les femmes connaissent souvent et directement les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants, \u00e0 l\u2019assainissement des milieux, \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux services sociaux, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, au ch\u00f4mage, \u00e0 la pauvret\u00e9 ou aux violences. Mais conna\u00eetre un probl\u00e8me ne suffit pas : il faut pouvoir le porter dans l\u2019espace institutionnel et contribuer \u00e0 rechercher des solutions.<\/p>\n<p>J\u2019observe \u00e9galement que les obstacles ne disparaissent pas apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection. Les contraintes financi\u00e8res, les responsabilit\u00e9s familiales, les normes sociales, le manque d\u2019information, les rapports de pouvoir dans les formations politiques et l\u2019acc\u00e8s limit\u00e9 aux r\u00e9seaux continuent \u00e0 r\u00e9duire la capacit\u00e9 d\u2019action des femmes \u00e9lues.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi, la communication joue ici un r\u00f4le central. Une conseill\u00e8re communale doit \u00e9couter les citoyens, faire remonter leurs pr\u00e9occupations aux autorit\u00e9s, expliquer les d\u00e9cisions prises et rendre compte de son action men\u00e9e. Les rencontres communautaires, les consultations populaires, les permanences citoyennes et les r\u00e9seaux sociaux peuvent contribuer aussi, \u00e0 maintenir ce lien.<\/p>\n<p>De ce fait, la d\u00e9mocratie locale ne peut \u00eatre inclusive si les femmes sont pr\u00e9sentes dans les institutions sans \u00eatre r\u00e9ellement entendues.<\/p>\n<h3>Accompagner les conseill\u00e8res communales avant, pendant et apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection<\/h3>\n<p>\u00c0 mon sens, l\u2019accompagnement des femmes en politique doit \u00eatre revu et modifi\u00e9, au besoin changer. Une ou deux formations organis\u00e9es pour les femmes candidates quelques semaines avant une \u00e9lection ne suffit pas. C\u2019est un processus \u00e0 suivre minutieusement.<\/p>\n<p>Cet accompagnement doit commencer\u00a0: <strong>avant la candidature<\/strong>, avec les diff\u00e9rents modules de confiance en soi, du d\u00e9veloppement du leadership, de la communication politique, publique et territoriale, suivie de la strat\u00e9gie \u00e9lectorale et de la gestion du r\u00e9seautage. Les \u00e9lues communales doivent s\u2019approprier aussi les technologies nouvelles et maitriser les diff\u00e9rents logiciels ainsi que les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques\u00a0;<\/p>\n<p>Il doit se poursuivre <strong>pendant la campagne<\/strong>, notamment sur la mobilisation citoyenne, la prise de parole en public et la compr\u00e9hension du processus \u00e9lectoral\u00a0;<\/p>\n<p>Il doit surtout continuer <strong>apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection<\/strong>, lorsque celle-ci doit apprendre \u00e0 exercer concr\u00e8tement ses responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>La conseill\u00e8re communale doit aussi avoir des connaissances dans l\u2019\u00e9laboration des projets et des programmes\u00a0; leur mise en \u0153uvre ainsi que leur \u00e9valuation, sans oublier la reddition de comptes, car elle travaille pour le compte des citoyens et les communaut\u00e9s qui l\u2019ont \u00e9lue pour les repr\u00e9senter \u00e0 la commune (Mairie).<\/p>\n<p>Les femmes \u00e9lues doivent \u00eatre mises en r\u00e9seau. Pour le scrutin de 2023, il y a eu <strong>951 conseillers \u00e9lus<\/strong><strong>, <\/strong>dont <strong>183 femmes et 768 hommes<\/strong>, dans les 114 communes urbaines des 26 chefs-lieux de provinces de la RDC. Pour la province de Kinshasa, avec ses 24 communes, seules 53 femmes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lues.<\/p>\n<p>Cependant, elles doivent pouvoir partager leurs exp\u00e9riences, leurs difficult\u00e9s et leurs solutions. Car, en d\u00e9pit de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, une conseill\u00e8re communale isol\u00e9e dispose de moins de possibilit\u00e9s d\u2019apprentissage et d\u2019influence qu\u2019un r\u00e9seau de femmes capables de se soutenir et de porter collectivement certaines pr\u00e9occupations, \u00e0 qui de droit.<\/p>\n<p>Enfin, il faut cesser de consid\u00e9rer la participation politique des femmes comme une faveur. <strong>C\u2019est une exigence d\u00e9mocratique<\/strong><strong>.<\/strong> Une commune qui d\u00e9cide sans les femmes se prive d\u2019une partie de son intelligence, de son exp\u00e9rience et de sa capacit\u00e9 \u00e0 comprendre les r\u00e9alit\u00e9s sociales et locales. Et, d\u2019en apporter des solutions durables et p\u00e9rennes.<\/p>\n<h3>De l\u2019\u00e9lue \u00e0 la d\u00e9cideuse<\/h3>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience des \u00e9lections communales de 2023 montre que la RDC a franchi une \u00e9tape importante, mais qu\u2019un long chemin reste \u00e0 parcourir. Le passage de 43,4 % de femmes parmi les candidatures recevables \u00e0 environ 19 % parmi les conseillers communaux \u00e9lus oblige les d\u00e9cideurs, les partis politiques, la soci\u00e9t\u00e9 civile, les communaut\u00e9s\u00a0; bref les parties prenantes, \u00e0 s\u2019interroger sur les conditions d\u2019acc\u00e8s et d\u2019exercice du pouvoir politique local des femmes.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable objectif ne doit donc pas \u00eatre uniquement de compter davantage de femmes dans les conseils communaux. Il faut mesurer leur capacit\u00e9 \u00e0 mettre en \u0153uvre un projet et, le faire accepter \u00e0 leurs pairs, lire un discours, convaincre les partenaires, \u00e9changer avec la base. Enfin mener un lobbying et un bon plaidoyer.<\/p>\n<p>En somme, la femme \u00e9lue au niveau local ne doit pas \u00eatre une simple pr\u00e9sence f\u00e9minine dans une institution. Elle doit \u00eatre <strong>une voix, une force de proposition, une actrice de contr\u00f4le et une d\u00e9cideuse<\/strong><strong>.<\/strong> L\u2019exp\u00e9rience de 2023 doit ainsi servir de point de d\u00e9part aux femmes politiques : <strong>de la candidate \u00e0 l\u2019\u00e9lue, de l\u2019\u00e9lue \u00e0 la d\u00e9cideuse, et de la d\u00e9cideuse \u00e0 l\u2019actrice du changement.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Biographie<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4965 alignleft\" src=\"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/09\/Conseil-2-225x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"97\" height=\"129\" srcset=\"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/09\/Conseil-2-225x300.jpeg 225w, http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/09\/Conseil-2.jpeg 750w\" sizes=\"(max-width: 97px) 100vw, 97px\" \/>Laetitia Muabila Bangu-Bangu est Docteure en Communications Sociales, Professeure \u00e0 l\u2019UNISIC et, Coordinatrice de Jem\u2019ah Association en RDC.Point focal du Mouvement Rien Sans les Femmes (RSLF) du R\u00e9seau GEDROFE (2022-2026) avec l\u2019appui de D\u00e9mocratie, Reporting International, DRI et de l\u2019Union Europ\u00e9enne dans le cadre de la Mission d\u2019Observation Electorale \u00abRegard Citoyen\u00bb du projet \u00ab PACONEC \u00bb Projet d\u2019Appui \u00e0 la Coalition pour l\u2019Observation Nationale des Elections<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tribune par Laetitia Muabila Bangu-Bangu\u00a0 La participation politique des femmes en Afrique ne peut plus \u00eatre mesur\u00e9e uniquement \u00e0 partir de leur pr\u00e9sence au Senat, au Parlement, au Gouvernement ou dans les grandes institutions nationales. 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