{"id":3709,"date":"2023-02-20T10:52:03","date_gmt":"2023-02-20T09:52:03","guid":{"rendered":"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/?p=3709"},"modified":"2023-02-20T10:52:03","modified_gmt":"2023-02-20T09:52:03","slug":"tunisie-bassma-betka-une-juriste-qui-defend-les-victimes-de-violences","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/2023\/02\/tunisie-bassma-betka-une-juriste-qui-defend-les-victimes-de-violences\/","title":{"rendered":"Tunisie : Bassma Betka, une juriste qui d\u00e9fend les victimes de violences"},"content":{"rendered":"<p><strong>En 2011, Bassma Betka rejoint l\u2019un des premiers cabinets d\u2019avocat sp\u00e9cialis\u00e9 dans les violences faites aux femmes en France, \u00e0 l\u2019\u00e9poque BT &amp; Associ\u00e9s. Un cabinet connu pour avoir trait\u00e9 certains des dossiers les plus marquants li\u00e9s aux violences conjugales dans l\u2019Hexagone. Depuis plus de 13 ans, la Franco-Tunisienne qui travaille, en tant que juriste, accompagne aujourd\u2019hui au sein du cabinet Tomasini Avocats les victimes de violences conjugales et intrafamiliales dans leurs proc\u00e9dures judiciaires. <\/strong><\/p>\n<p>Ayant accompagn\u00e9 de nombreuses victimes de violences conjugales en plus d\u2019une d\u00e9cennie, Bassma consid\u00e8re aujourd\u2019hui son travail beaucoup plus comme un engagement. <em>\u00ab\u00a0Au quotidien, je me dis que je ne fais pas que travailler, j\u2019aide des personnes \u00bb. <\/em>Tr\u00e8s t\u00f4t, elle est habit\u00e9e par le souci de la justice. A l\u2019\u00e9cole, se souvient-elle encore, c\u2019est elle qui d\u00e9fend ses copains\u00a0; \u00e0 la maison, elle prot\u00e8ge les autres membres de sa famille. Et tr\u00e8s vite, la jeune fille conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 sa future carri\u00e8re : devenir avocate. Bac en poche, elle s\u2019inscrit \u00e0 la facult\u00e9 de droit de Cergy. Mais au bout de la premi\u00e8re ann\u00e9e, elle d\u00e9chante. La th\u00e9orie seulement l\u2019ennuie. Voulant d\u00e9couvrir le droit de mani\u00e8re pratique, elle d\u00e9cide de travailler \u00e0 ses 19 ans avec une avocate. Pendant 5 ans, elle est assistante juridique dans un cabinet d\u2019avocats, puis juriste dans un autre&#8230; Et en m\u00eame temps, elle d\u00e9croche son dipl\u00f4me de clerc d\u2019avocats, passe un master en droit social puis obtient un master en droit p\u00e9nal et sciences juridiques. Un jour, souhaitant se r\u00e9inventer, elle recontacte l\u2019avocate lui ayant offert son premier emploi. Celle-ci lui apprend qu\u2019elle est en train de cr\u00e9er avec une autre avocate un cabinet d\u2019avocats sp\u00e9cialis\u00e9 dans les violences faites aux femmes. La jeune femme est aussit\u00f4t conquise. Sans h\u00e9siter, elle se lance dans l\u2019aventure et rejoint l\u2019un des premiers cabinets en France \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans les violences conjugales et intrafamiliales.<\/p>\n<p><strong>Au contact des victimes de diff\u00e9rentes formes de violences <\/strong><\/p>\n<p>En 13 ans, elle suit au sein du cabinet diff\u00e9rentes affaires li\u00e9es aux violences conjugales physiques et psychologiques, des cas de jeunes femmes victimes d\u2019agressions de la part de leurs concubins, des cas extr\u00eames comme des tentatives d\u2019assassinat, des meurtres de victimes de violence, des meurtres des bourreaux par les victimes&#8230; Mais aussi, plusieurs cas de mamans d\u00e9senfant\u00e9es par la justice. <em>\u00ab\u00a0Je me retrouve avec plusieurs mamans qui me disent\u00a0qu\u2019elles ne peuvent plus voir leur enfant, car il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 chez le p\u00e8re parce qu\u2019elles ont d\u00e9nonc\u00e9 des violences, des attouchements sexuels de sa part. Etant donn\u00e9 que face \u00e0 la justice, la parole de l\u2019enfant n\u2019est pas suffisamment prise au s\u00e9rieux, surtout quand il s\u2019agit d\u2019enfants en bas \u00e2ge, cela se retourne contre elles \u00bb,<\/em>explique \u2013t-elle. En raison de ses origines maghr\u00e9bines, elle s\u2019est \u00e9galement charg\u00e9e au sein du cabinet de plusieurs cas de femmes d\u2019origine maghr\u00e9bine, dont certaines sont \u00e0 peine arriv\u00e9es en France et sont victimes de violences de la part de leurs conjoints. Elle se souvient ainsi du cas d\u2019une jeune Alg\u00e9rienne kabyle, ayant rejoint, il y\u2019a quelques ann\u00e9es son conjoint en France et victime quelque temps apr\u00e8s, de violences, mais aussi de s\u00e9questration et de chantage de sa part. <em>\u00ab\u00a0Elle n\u2019avait droit de t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 sa famille que lorsqu\u2019il \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle\u00a0\u00bb<\/em>, raconte \u2013t-elle. De plus,<em>\u00ab\u00a0elle ne s\u2019habillait que lorsqu\u2019il le d\u00e9cidait. Il l\u2019obligeait \u00e0 se promener nue dans la maison, la filmait et la mena\u00e7ait d\u2019envoyer ses vid\u00e9os aux membres de sa famille pour leur dire qu\u2019elle se prostituait en France, si jamais elle ne faisait pas ce qu\u2019il lui disait\u00a0\u00bb<\/em>, explique-t-elle. Une situation ayant malheureusement conduit \u00e0 l\u2019hospitalisation de la femme en psychiatrie.Mais parmi tous ces cas de violences, souligne-t-elle, \u00ab <em>nous avons aussi des hommes comme clients, mais c\u2019est une minorit\u00e9. Certains hommes sont victimes de violence, mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ils ont honte de dire qu\u2019ils sont violent\u00e9s par leurs femmes\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Accompagner les victimes durant les proc\u00e9dures judiciaires<\/strong><\/p>\n<p>Au sein du cabinet, elle s\u2019est charg\u00e9e durant longtemps du premier contact avec les victimes, dont elle assure d\u00e9sormais l\u2019accompagnement tout au long de leur dossier, explique-t-elle. <em>\u00ab\u00a0Nous accompagnons la personne\u00a0; nous l\u2019assistons. C\u2019est un peu comme si je prenais quelqu\u2019un par la main et que je marchais avec lui tout le temps de la proc\u00e9dure\u00a0\u00bb<\/em>. La premi\u00e8re \u00e9tape de cette d\u00e9marche consiste tout d\u2019abord \u00e0 \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la personne <em>\u00ab\u00a0qui est profond\u00e9ment bless\u00e9e et dont la vie est d\u00e9truite\u00a0\u00bb. <\/em>Ce qui permet de r\u00e9cup\u00e9rer tous les d\u00e9tails de l\u2019affaire, de savoir si une plainte a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e, s\u2019il existe des t\u00e9moins des violences&#8230;, nous explique-t-elle. Ensuite, il s\u2019agit de mettre en place une strat\u00e9gie du dossier pour r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9, de travailler le dossier juridiquement, de r\u00e9diger les actes, d\u2019intervenir aupr\u00e8s des tribunaux&#8230; Au-del\u00e0 de cela, il y\u2019a aussi tout un travail \u00e0 faire sur le plan psychologique avec la victime, pr\u00e9cise \u2013t-elle. \u00ab\u00a0<em>La plupart des conjoints de ces femmes sont des manipulateurs, des pervers qui se victimisent. Quand on les voit, on ne peut imaginer une seconde qu\u2019ils ont violent\u00e9 leurs femmes. Devant le tribunal, ils s\u2019expriment clairement. Par contre, ces femmes, elles ne se contr\u00f4lent plus psychologiquement. Elles sont sous l\u2019\u00e9motion, deviennent agit\u00e9es et s\u2019expriment difficilement\u00a0\u00bb, <\/em>explique \u2013t-elle.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>En moyenne, il faut au moins 2 ans voire plus pour voir le dossier d\u00e9nou\u00e9, confie-t-elle. Une d\u00e9marche qui ne manque pas non plus d\u2019affecter psychologiquement l\u2019avocat ou la personne qui les accompagne, notamment en raison de son implication et son investissement total pour d\u00e9fendre la victime. <em>\u00ab Il faut dire que ces personnes qui sont vuln\u00e9rables nous voient un peu comme l\u2019ange qui arrive pour les sauver. Pour le moindre geste, au quotidien, elles nous contactent pour savoir quoi faire. Donc, il faut rester professionnelle et en m\u00eame temps, \u00eatre humaine. Quand on sort de l\u00e0, \u00e0 la fin de la journ\u00e9e, on est vid\u00e9. On ne veut plus entendre parler d\u2019un quelconque probl\u00e8me. Psychologiquement, c\u2019est lourd\u00a0\u00bb, <\/em>confie-t-elle.Mais, apr\u00e8s tout ce travail, il est r\u00e9confortant,de voir enfin les victimes rentrer dans leurs droits, souligne-t-elle. <em>\u00ab\u00a0Quand je vois des femmes qui \u00e9taient en d\u00e9tresse, me remercier, de les avoir sorties au moins \u00e0 mon niveau de la situation dans laquelle elles \u00e9taient, c\u2019est pour moi une vraie victoire\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>D\u00e9fendre l\u2019environnement au m\u00eame titre que les victimes de violence<\/strong><\/p>\n<p>Engag\u00e9e dans la d\u00e9fense des victimes, notamment des femmes, elle s\u2019est aussi sp\u00e9cialis\u00e9e dans le droit de l\u2019environnement \u00e0 travers un master 2 en droit des affaires sp\u00e9cialit\u00e9 environnement, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris Saclay, pour pouvoir \u00ab\u00a0d\u00e9fendre la nature\u00a0\u00bb. <em>\u00ab\u00a0Pour moi, la nature est une victime, au m\u00eame titre que la femme. Elle subit la destruction de l\u2019environnement, le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te&#8230; \u00bb,<\/em>explique \u2013t \u2013elle.\u00a0 Aujourd\u2019hui, son ambition est de concr\u00e9tiser cet engagement de d\u00e9fendre l\u2019environnement. De m\u00eame, elle compte passer cette ann\u00e9e son dipl\u00f4me d\u2019avocate pour pouvoir d\u00e9fendre les victimes devant les tribunaux, puisqu\u2019aujourd\u2019hui, elle ne peut que travailler les dossiers, accompagner ses clientes devant divers services (commissariat, services sociaux, etc), mais pas plaider pour elles devant les tribunaux. \u00ab\u00a0<em>Aujourd\u2019hui<\/em>, <em>je confie cette partie \u00e0 mes coll\u00e8gues avocates en qui j\u2019ai bien s\u00fbr toute confiance, mais je voudrais d\u00e9sormais porter la voix de ces femmes jusqu\u2019au bout\u00a0\u00bb,<\/em>confie-t-elle. Elle \u00e9crit \u00e9galement un livre qui t\u00e9moigne des premiers appels des victimes qu\u2019elle a d\u00fb prendre en charge durant de nombreuses ann\u00e9es et qu\u2019elle envisage de publier prochainement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2011, Bassma Betka rejoint l\u2019un des premiers cabinets d\u2019avocat sp\u00e9cialis\u00e9 dans les violences faites aux femmes en France, \u00e0 l\u2019\u00e9poque BT &amp; Associ\u00e9s. Un cabinet connu pour avoir trait\u00e9 certains des dossiers les plus marquants li\u00e9s aux violences conjugales dans l\u2019Hexagone. 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