{"id":2755,"date":"2021-11-25T12:51:11","date_gmt":"2021-11-25T11:51:11","guid":{"rendered":"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/?p=2755"},"modified":"2021-11-25T12:51:11","modified_gmt":"2021-11-25T11:51:11","slug":"hassna-aalouach-la-lutte-contre-les-violences-a-legard-des-femmes-doit-etre-un-combat-humaniste-et-non-genre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/africawomenexperts.com\/lng\/fr\/2021\/11\/hassna-aalouach-la-lutte-contre-les-violences-a-legard-des-femmes-doit-etre-un-combat-humaniste-et-non-genre\/","title":{"rendered":"Hassna Aalouach : \u00ab La lutte contre les violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes doit \u00eatre un combat humaniste et non genr\u00e9 \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Hassna Aalouach est une journaliste et \u00e9crivaine franco-marocaine qui milite contre les injustices. Elle est l\u2019auteure de \u00ab\u00a0Elles toutes, leurs histoires\u00a0\u00bb, son 2<sup>e<\/sup>ouvrage paru en 2020, qui r\u00e9pertorie 152 cas de femmes victimes de f\u00e9minicides de 2019 en 2020 en France. Africa Women Experts l\u2019a interview\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la Journ\u00e9e internationale pour l\u2019\u00e9limination des violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ce Jeudi 25 novembre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Qui est Hassna Aalouach\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis une journaliste \u00e9crivaine franco-marocaine. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 reporter dans plusieurs pays dont le Maroc et j\u2019\u00e9cris actuellement mon troisi\u00e8me ouvrage sur la femme saharienne. J\u2019ai moi-m\u00eame cette identit\u00e9 plurielle\u00a0: fran\u00e7aise et saharienne et je trouvais int\u00e9ressant de montrer que l\u2019\u00e9mancipation de la femme n\u2019est pas si contemporaine comme on peut souvent l\u2019entendre. Des soci\u00e9t\u00e9s ancestrales ont montr\u00e9 qu\u2019elles offraient une autre place aux femmes bien avant que ce soit dans l\u2019air du temps\u00a0; c\u2019est le cas de la culture saharienne au Maroc. Depuis des si\u00e8cles, la femme occupe une place \u00e9galitaire dans la soci\u00e9t\u00e9 hassanie qui la valorise. Les familles sont garantes de la libert\u00e9 de leurs filles et les violences physiques faites aux femmes sont fermement combattues. Lorsqu\u2019un homme Sahraoui est violent avec sa femme, la tribu de l\u2019homme violent le renie et il jette l\u2019opprobre et le d\u00e9shonneur sur toute sa famille.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, l\u2019\u00e9ducation des jeunes filles sahraouies est valorisante. On encourage la libert\u00e9 de ton d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge et on \u00e9duque au respect de la personne avant le genre. Par exemple au Sahara, une femme divorc\u00e9e n\u2019est ni rejet\u00e9e ni pestif\u00e9r\u00e9e\u00a0; au contraire elle est accueillie par une f\u00eate au sein de sa famille qui la soutiendra et en aura la charge ainsi que ses enfants dans sa nouvelle vie.<\/p>\n<p>Ceci permet \u00e0 la femme de ne pas h\u00e9siter \u00e0 partir si elle est en souffrance chez son mari sans peur d\u2019\u00eatre rejet\u00e9e elle et ses enfants comme c\u2019est le cas ailleurs. La culture hassanie a inscrit la femme dans un statut qui fait h\u00e9las office d\u2019exception, mais qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant d\u2019\u00e9voquer \u00e0 travers cet ouvrage qui sera publi\u00e9 en 2022.<\/p>\n<p><strong>Pouvez-vous nous pr\u00e9senter votre ouvrage \u00ab\u00a0Elles Toutes, leurs histoires\u00a0\u00bb\u00a0paru en 2020?<\/strong><\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une enqu\u00eate sur les victimes de f\u00e9minicides d\u2019avril 2019 \u00e0 avril 2020. J\u2019y d\u00e9nonce les dysfonctionnements judiciaires dans les affaires de f\u00e9minicides en France, prise en charge des victimes dans les commissariats, gestion du droit de garde par les juges des affaires familiales encore mal form\u00e9s \u00e0 ces questions-l\u00e0 et qui continuent de faire primer le lien filial sur l\u2019int\u00e9r\u00eat de la m\u00e8re et des enfants. La surcharge aussi des tribunaux qui m\u00e8ne \u00e0 de terribles injustices. Comme Julie, cette femme de 35\u00a0 ans et m\u00e8re de deux enfants, qui avait port\u00e9 plainte 5 fois contre son ex-mari violent. Le juge des affaires familiales, malgr\u00e9 les t\u00e9moignages et les menaces de mort, lui avait retir\u00e9 la garde pour la confier au p\u00e8re. Elle a demand\u00e9 une mesure de protection qui lui avait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e. Le 03 mars 2019, Julie a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par son ex-mari.<\/p>\n<p><strong>Quel en est le principal message?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Je plonge le lecteur dans la r\u00e9alit\u00e9 du terrain, sans analyse. Juste les faits\u00a0: ceux de 152 femmes tu\u00e9es par leur ex-mari ou ex-compagnon en une ann\u00e9e en France. Les victimes sont \u00e2g\u00e9es de 15 \u00e0 90 ans. Elles sont issues de toutes cat\u00e9gories socio-culturelles, de la m\u00e8re au foyer \u00e0 la scientifique de renomm\u00e9e internationale. C\u2019est volontairement tr\u00e8s factuel, un pr\u00e9nom, une ville et l\u2019histoire br\u00e8ve de cette femme assassin\u00e9e. Je d\u00e9nonce les dysfonctionnements judiciaires qui ont men\u00e9 \u00e0 la mort de nombreuses femmes en France qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9es par la justice. En France, nous sommes loin de l\u2019enjeu, pourtant il existe des solutions qui ont fait leurs preuves. \u00a0Par exemple, nos voisins espagnols ont une bien meilleure prise en charge des femmes victimes de violence, avec des tribunaux d\u00e9di\u00e9s et une \u00e9viction rapide du conjoint violent du domicile conjugal. Dans les commissariats aussi, les policiers sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans ces questions de violences.<\/p>\n<p>Cela fait d\u00e9j\u00e0 17 ans que les d\u00e9put\u00e9s espagnols ont vot\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 la loi de protection int\u00e9grale contre les violences de genre, avec des mesures comme la sp\u00e9cialisation des tribunaux et le bracelet \u00e9lectronique. En France, on a commenc\u00e9 timidement le d\u00e9ploiement du bracelet cette ann\u00e9e, mais aucune sp\u00e9cialisation des tribunaux n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e. En Espagne, 50 femmes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es par leurs conjoints ou ex l\u2019an dernier contre 152 en France.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est ce qui vous a amen\u00e9e \u00e0 travailler de plus pr\u00e8s sur les violences conjugales \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis une humaniste, j\u2019ai choisi d\u2019\u00eatre journaliste pour combattre les injustices. Je d\u00e9nonce toutes formes de violences, qu\u2019elles soient \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, des hommes ou des enfants. Je viens de deux cultures o\u00f9 le droit de la femme est omnipr\u00e9sent\u00a0: la culture saharienne et fran\u00e7aise, le droit de la femme y est omnipr\u00e9sent. La femme sahraouie a toujours \u00e9t\u00e9 une femme libre et forte ainsi que la femme fran\u00e7aise qui a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par la qu\u00eate \u00e9galitaire initi\u00e9e dans les ann\u00e9es 60.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les causes de la persistance des violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes dans le monde malgr\u00e9 les efforts pour les endiguer\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas convaincue qu\u2019il y ait un si grand effort pour les endiguer. Je pense objectivement que le premier pilier dans cette lutte contre les violences faites aux femmes doit \u00eatre l\u2019\u00e9ducation. La diabolisation de la femme doit cesser. Nous devons tendre vers une qu\u00eate \u00e9galitaire qui ne se fera pas, \u00e0 mon sens, sans l\u2019homme. Elle doit s\u2019inscrire au contraire dans un combat humaniste et non genr\u00e9. Enseigner aux petits gar\u00e7ons comme aux petites filles qu\u2019ils sont \u00e9gaux et que le respect de leur droit est aussi important chez l\u2019un comme chez l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong>Ce que vous avez d\u00e9peint en France dans le cadre de votre ouvrage, pensez-vous que ce soit la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 en Afrique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les f\u00e9minicides n\u2019ont pas lieu qu\u2019en France, malheureusement il y en a partout dans le monde. L\u2019Afrique est compos\u00e9e d\u2019une cinquantaine de pays, on ne peut parler de r\u00e9alit\u00e9 africaine, mais bien de pluralit\u00e9 de situations et conditions. Il faut poursuivre ce combat contre les violences faites aux humains peu importe le pays, la culture ou le lieu.<\/p>\n<p><strong>Comment \u00e9liminer aujourd\u2019hui les violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes dans le monde et en Afrique, en particulier\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>On ne peut apporter de r\u00e9ponse unique en parlant de l\u2019Afrique, un continent aux mille et une cultures et aux mille et une r\u00e9alit\u00e9s. La condition de la femme \u00e0 Nouadhibou n\u2019est pas celle de la femme \u00e0 Brazzaville ou \u00e0 Kinshasa.<\/p>\n<p>Et au sein d\u2019un m\u00eame pays, la condition de la femme marocaine dans le Haut-Atlas n\u2019est pas celle des femmes de Casablanca ou encore de La\u00e2youne. Et l\u00e0 encore, il y a tellement de conditions diff\u00e9rentes au sein d\u2019une m\u00eame rue. Je crois que c\u2019est un combat universel qui n\u2019est pas propre \u00e0 une r\u00e9gion, une ville ou un continent. Il y a autant de conditions que de femmes.<\/p>\n<p>Pour combattre ces violences, il faut travailler sur les mentalit\u00e9s, celle de l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femmes et de la d\u00e9diabolisation du f\u00e9minin pour commencer.<\/p>\n<p>Et ce travail de longue haleine doit \u00eatre adapt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du pays et de sa culture.<\/p>\n<p>Pour l\u2019excision dans certains pays d\u2019Afrique par exemple, tant qu\u2019un changement de mentalit\u00e9 sur les souffrances g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par cette mutilation sexuelle ne sera pas enfin admis et compris, de jeunes filles innocentes continueront d\u2019en faire les frais au nom de la n\u00e9gation de leur sexualit\u00e9, qui elle aussi, s\u2019inscrit dans cette diabolisation du f\u00e9minin. C\u2019est le fond du probl\u00e8me. La premi\u00e8re barri\u00e8re est donc celle de l\u2019\u00e9ducation. Ensuite, la prise en charge gouvernementale des victimes est fondamentale, tant que les femmes victimes de violence porteront ce lourd fardeau de la culpabilit\u00e9, qu\u2019elles n\u2019auront pas de soutien moral, social, \u00e9conomique, administratif et judiciaire, les violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes ne pourront pas reculer.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re doit soutenir ces victimes de violences. Cette \u00e9mancipation passe \u00e9videmment aussi par l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9conomique qui est un frein au d\u00e9part de ses femmes qui n\u2019ont d\u2019autre horizon que de subir en silence, sans parler du tabou que ce sujet repr\u00e9sente dans plusieurs soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>La lib\u00e9ration de la parole est essentielle dans ce combat et on doit continuer de sensibiliser les petits et les grands sur le respect des droits humains partout dans le monde.<\/p>\n<p>Enfin, je pense qu\u2019une femme libre est une femme qui s\u2019aime.<\/p>\n<p>D\u00e9diabolisons les petites filles sur leur nature f\u00e9minine, enseignons-leur \u00e0 s\u2019aimer et \u00e0 s\u2019accepter. Changeons les repr\u00e9sentations du f\u00e9minin \u00e9galement aupr\u00e8s des petits gar\u00e7ons et peut-\u00eatre qu\u2019un jour ensemble, ils construiront une soci\u00e9t\u00e9 plus \u00e9galitaire et moins violente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Propos recueillis par Danielle Engolo<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hassna Aalouach est une journaliste et \u00e9crivaine franco-marocaine qui milite contre les injustices. Elle est l\u2019auteure de \u00ab\u00a0Elles toutes, leurs histoires\u00a0\u00bb, son 2eouvrage paru en 2020, qui r\u00e9pertorie 152 cas de femmes victimes de f\u00e9minicides de 2019 en 2020 en France. 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